UNE PRIMAIRE DES IDEES,

Auteure Ayda Hadizadeh

UNE PRIMAIRE DES IDEES, CHEMIN DE L’UNION DE LA GAUCHE ET DES ECOLOGISTES

POUR PORTER UN PROJET COMMUN POUR 2022

Ainsi engagée, l’union de la gauche et des écologistes est vouée à l’échec

  • Aucun parti ne peut aujourd’hui se prévaloir d’être la force centrale capable de s’imposer aux autres. Mais ce constat, au lieu de favoriser l’union, exacerbe la compétition entre les partis. La fin de l’hégémonie du PS est vue comme l’occasion inespérée d’occuper enfin la place du nouveau parti hégémonique. Seul le 1e secrétaire du PS s’est montré ouvert à la possibilité de ne pas avoir de candidat socialiste en 2022. Les autres sont pour le rassemblement à condition qu’il se fasse sur leur projet et derrière leur candidat.

  • La question de l’hégémonie est le point bloquant. Car tout dans la Ve République actuelle, du mode de désignation du président au fonctionnement des institutions, incite à l’exercice d’un pouvoir hégémonique. Pendant 5 ans, le président français a les moyens de décider de tout, seul. Ce qu’ E. Macron a non seulement compris mais théorisé par la notion de « pouvoir jupitérien ». La bataille des candidats à gauche dépasse la question des egos : dans un système où « le gagnant rafle toute la mise », chacun veut pousser son avantage le plus loin et le plus longtemps possible, et créer un rapport de forces en sa faveur, pour dominer les autres partis. Car accepter de soutenir un autre candidat, c’est risquer de passer 5 ans dans une minorité, qui pourra être bruyante mais restera impuissante, c’est mettre en jeu sa survie électorale…

  • La primaire entre les candidats à gauche semble aujourd’hui exclue, qualifiée de « machines à diviser ». Sentence rapide et partiale : succès en 2012 mais échec en 2017, les primaires avaient à chaque fois été l’occasion de mettre les valeurs et idées de gauche au centre du débat médiatique. Elles avaient permis de trancher une orientation, celle incarnée par le candidat victorieux.

  • Les primaires ne favorisent pas le rassemblement des candidats, parce qu’elles sont organisées sur le même modèle que l’élection présidentielle. Le vainqueur, même élu à une courte majorité, n’a aucune obligation d’ouvrir son projet, pour inclure les vaincus et leurs idées. « Le gagnant rafle toute la mise » et libre à lui de rassembler, un peu, beaucoup, ou pas du tout. La primaire, comme l’élection présidentielle ne favorise pas les logiques de coalition. Mais faire sans primaire pose un problème démocratique : si ce ne sont les électeurs, qui choisit le candidat et donc l’orientation ? Les sondages ?

  • La bataille pour l’hégémonie à gauche risque de durer encore de longs mois. Autant de mois perdu à ne pas aborder la question essentielle, celle du projet commun. Les Français se moquent de savoir s’il y aura 1, 3 ou 10 candidats ou un candidat unique. Ils veulent savoir si ceux qui prétendent les représenter comprennent leurs problèmes de revenus, de logement, d’éducation, de santé, de sécurité, de pollution, de retraite… Ils veulent savoir quelles ont leurs propositions pour répondre aux problème de fins du mois et de fin du monde.

  • Nous ne gagnerons pas parce que nous sommes unis. Nous gagnerons parce que nous aurons convaincus 51% des Français que nous voulons « changer leur vie ». Nous ne les convaincrons pas par la virulence de nos indignations, de nos dénonciations ou la pertinence de nos contre-propositions aux politiques libérales, inégalitaires et autoritaires actuelles. Nous les convaincrons quand nous aurons réussi à imposer, dans le débat public, nos valeurs, nos termes du débat, notre vision du monde. Afin que les propositions qui en découlent paraissent légitimes, souhaitables, indispensables.

  • Convaincre demande du temps : si nous n’engageons pas dès à présent la bataille culturelle avec une droite qui reprend à son compte le référentiel de l’extrême droite, nous ne pourrons, à 6 mois de l’élection présidentielle rendre crédible notre projet, même s’il finit par être commun. Même unis, nous pouvons perdre et si nous perdons unis, nous tuerons l’idée de l’union de la gauche et des écologistes pour longtemps.

Réaliser l’union de la gauche demande de répondre aux questions suivantes :

  • Comment « désamorcer » la lutte pour l’hégémonie et la course « au meilleur candidat commun » pour parler du projet commun ?

  • Comment faire un projet commun en évitant les” divisions artificielles” comme “l’union superficielle” pour reprendre les termes d’A. Corbière ?

  • Comment résoudre la question du leadership des forces ayant participé à la construction du projet commun ?

Réaliser l’union de la gauche conduit à poser les affirmations suivantes

Nous affirmons que l’élection présidentielle, présentée comme le récit « d’un homme ou d’une femme qui rencontre son peuple » est un mythe mensonger qui menace notre démocratie. Attendre d’une seule personne qu’elle règle tous les problèmes de la France en 5 ans ne peut mener qu’à des désillusions. Et d’espoirs déçus en espoir déçus, les Français finissent par se tourner vers des figures de plus en plus antisystèmes, antidémocratiques. Il est temps de mettre fin à la recherche du « candidat providentiel ».

Nous affirmons que les solutions aux grands troubles que traversent la France et notre monde ne peuvent être détenues par un seul parti, un seul mouvement, une seule force politique. Faire advenir un monde plus juste, plus libre, plus solidaire, plus féministe, affirmant la dignité de toute vie humaine et la sauvegarde de notre éco-système, est une tâche qui incombe à toutes les sensibilités progressistes qui s’expriment depuis tant d’années. Il est temps de mettre fin à la culture de « l’hégémonie politique » qui veut qu’une force politique seule, contre tous.

Enfin nous affirmons qu’un projet commun, pour être légitime, doit se construire dans un processus clair, ouvert, qui tire sa légitimité du vote des électeurs de gauche. Il est temps d’associer les électeurs à la définition du projet commun.

C’est pourquoi nous appelons l’organisation d’une primaire des idées.

  • Une primaire des idées qui ne soit pas un « copié collé » de l’élection présidentielle, mais qui stoppe la « concours de beauté entre candidats» et de la quête d’hégémonie entre partis.

  • Une primaire des idées qui permette, à partir d’un socle commun de valeurs, de voter pour des orientations qui font débat au sein de la gauche et des écologistes.

  • Une primaire des idées qui ne désigne pas « le meilleur d’entre tous, contre tous les autres » mais qui permette de dégager une coalition, une majorité présidentielle, qui mettra en place le projet commun.

  • Quelle organisation ?

A/ Les électeurs votent les orientations du projet commun 

  1. Les partis et mouvements travaillent sur leur projet politique propre, puis se réunissent. Objectif : éviter les « divisions artificielles » comme « l’union superficielle », pour reprendre les termes d’Alexis Corbière. Les points de convergence sur lesquels ils sont d’accord constitueront la base du projet commun, soit les valeurs et les orientations qui les rassemblent. Ils prennent acte de leurs points de divergences majeures sur des sujets centraux (Europe, économie, République, etc.) Pour chaque point de divergence, chaque parti donne son orientation. 

  1. Le vote est organisé sur un mode inédit, le jugement majoritaire : au lieu de voter pour un choix- et implicitement contre tous les autres -, l’électeur donne une valeur sur l’échelle suivante :

Très hostile (-2) / Hostile (-1) / Indifférent (0)/ Favorable (+1) / Très favorable (+2)

  1. Au dépouillement : l’orientation pour chaque thème ayant réuni une majorité de points est retenue et devient celle qui intègre le projet commun.

B/ Les électeurs votent la composition de la coalition, et donc celui ou celle qui la dirigera.

  1. Chaque candidat (au nom d’un parti, d’une sensibilité/courant dans son parti ou mouvement politique) rédige une profession de foi, expliquant pourquoi il souhaite diriger la coalition. Il est nécessaire de mettre un système type « parrainage » en amont, afin de ne pas avoir pléthore de candidatures.

  1. Les électeurs sont appelés à donner une valeur à chaque profession de foi sur la même échelle, soit : Très hostile (-2) / Hostile (-1) / Indifférent (0)/ Favorable (+1) / Très favorable (+2)

  1. Le ou la candidate ayant réuni une majorité de points prend la tête de la coalition et sera le candidat à la présidentielle. Son pourcentage lui donne son poids dans la coalition : il ou elle choisit les membres du gouvernement parmi ses soutiens ainsi que ses représentants à l’assemblée nationale à hauteur de son pourcentage. Il en va de même pour les autres candidats : ils sont représentés dans la coalition à hauteur du pourcentage obtenu.

  • Pourquoi le vote par jugement majoritaire ?

• C’est un vote très expressif : il permet d’exprimer une opposition ferme, un soutien exclusif, une opinion modérée, une opinion affirmée et même un vote blanc.

• C’est un vote personnel, libéré du vote utile et donc du poids des sondages : je n’ai pas besoin de savoir comment votent les autres pour me faire une opinion. Je peux exprimer une nette préférence pour une idée ou un candidat, en soutenir un autre et en rejeter un troisième.

• C’est un vote qui permet le renouvellement des idées, puisqu’il n’y a plus le principe du « vote utile», même pour des idées portées par des candidats outsiders.

• C’est un vote qui permet le rassemblement : en évaluant en un seul tour la valeur du rejet ou du soutien, une idée moins appréciée de la majorité ne pourra être retenue, même si celle-ci est très fortement soutenue par une minorité très active.

Comment convaincre les partis de s’engager dans cette primaire inédite et innovante ?

Un collectif, constitué de militants des différents partis et forces politiques de gauche, activistes, syndicalistes, intellectuels etc., pourrait porter dans le débat public cette idée et interpeller les partis pour les appeler à se positionner. Dès son lancement, ce collectif pourrait appeler tous les citoyens intéressés par cette proposition à rejoindre le mouvement. Une souscription pourrait être lancée, à raison d’1€ par personne. Plus ce collectif sera important, plus les partis seront contraints de se positionner. Si l’idée rencontre du succès auprès des électeurs, il deviendra intenable pour un parti de justifier son refus de participer : comment JL. Mélenchon va t’il expliquer qu’il refuse de s’engager dans une démarche qui fait appel au peuple pour déterminer son destin, alors qu’il défend l’idée d’une Constituante ? 

Un calendrier possible

  • Automne – Hiver 2020 : lancement médiatique de la primaire des idées porté par le collectif : appel à rejoindre le collectif, lancement de la souscription populaire pour organiser les primaires, interpellation des partis pour s’engager dans la primaire.

  • Printemps 2021 : début des réunions entre les partis pour poser les bases du projet commun et acter les grands points de désaccords qui devront faire l’objet d’un vote de préférence par les électeurs. Dans le même temps : organisation concrète des futures opérations de votes par le collectif national. Incitation à la création de collectifs locaux pour la primaire des idées

  • Mai 2021 : Lancement de la campagne de la Primaires des idées : débats nationaux et dans tous les collectifs locaux pour organiser les opérations de vote

  • Octobre 2021 : Tenue de la 1e primaire des idées : au soir du seul et unique tour, annonce des orientations retenues ainsi que du rapport de force entre les professions de foi.

  • Novembre 2021 : Constitution effective de la coalition de gouvernement avec le leader et les différents membres de la coalition représentant les partis. Démarrage de la campagne présidentielle.